Carnet n° 410 du 11 juillet 2016

Vous avez dit « gueule de bois » ?

 

Beaucoup de supporters français ont, ce matin, comme on dit, « la gueule de bois ».

D’autres Français, car c’est cela aussi la France (n’en déplaisent à certain(e)s), l’ont aussi parce qu’ils ont arrosé copieusement la victoire de l’EURO de leur pays d’origine, le Portugal, (et j’en suis heureux pour ce pays que j’aime bien et pour les portugais).

C’est un peu la loi du sport comme celle de la politique au lendemain d’un match ou d’une élection.

 

Au-delà des scènes d’enthousiasme et de joie où on a vu, très majoritairement, des Européens de tous nos pays et de toutes couleurs faire la fête ensemble autour de ce « spectacle commun » qu’est l’Euro, je retiendrai surtout ce matin que tout s’est bien passé, que la sécurité a été parfaitement assurée sous la coordination de notre Gouvernement et de notre Ministre de l’Intérieur.

Il n’y a pas eu d’attentat(s) ; les débordements de quelques casseurs ont été limités si on les compare à d’autres manifestations récentes ; la jeunesse a laissé éclater sa joie ; la France dans sa diversité, et au-delà de ses différences, a su montrer au monde sa réalité profonde … et cela fait du bien en ces temps d’incertitudes, de doutes… voire pire.

Une page est tournée que les médias auront vite fait d’oublier… les Français vont se tourner vers le Tour de France, déjà commencé, en rêvant de l’émergence (peu probable) d’un nouveau Louison Bobet, Jacques Anquetil, Bernard Hinault ou Raymond Poulidor, avant de plonger dans les jeux olympiques de Rio en Août pour rêver et comptabiliser des médailles.

 

Cela ne changera rien au contexte politique et à la préparation des élections de 2017, aux débats et aux excès, mis quelques instants entre parenthèse avant de repartir de plus belle en septembre… mais c’est autant de gagné !

 

J’ai appris depuis longtemps, et je le vis en ce moment, qu’avant chaque tempête il y a une période de calme (tout comme dans l’œil du cyclone). Plus jeune je ne pensais, à ce moment là, qu’à la tempête à venir. Aujourd’hui j’essaie de me concentrer et d’apprécier le répit de cette période de calme…

 

Après 53 ans de vie professionnelle et élective intenses, à l’heure peut être des bilans privés et publics, pour le moins mitigés, je retiendrai, entre autre, de François Mitterrand quelques unes de ses pensées :

 

  • « Ecrire, c’est vider son sac ». Je le fais chaque semaine avec mes carnets en repensant à Albert Camus qui écrivit les siens entre mai 1935 et décembre 1959. Dans Wikipédia, on peut lire à leurs propos : « On peut suivre l’état d’esprit d’A. Camus à telle ou telle époque… On y trouve beaucoup de réflexions tantôt optimistes, tantôt amères… ».
  • « Gouverner, ce n’est pas plaire ». Tous les « gouvernants », à tous les niveaux et de toutes couleurs politiques le savent : gouverner c’est prendre des décisions. Celles et ceux qui en profitent, soit ne s’en rendent pas compte, soit les trouvent tout simplement normales. Ne s’expriment alors toujours que ceux qui sont contre, quelles qu’en soient les raisons…

C’est pourquoi et c’est toujours François Mitterrand qui le dit :

« Dans la vie politique, on ne se fait pas de véritables ami(e)s… on a parfois quelques bons compagnons… »

Ajoutant :

« En politique, on n’est le père de personne…. On a quelques amis, parfois deux ou trois disciples, mais des « enfants » jamais »…

 

Le pire c’est que lorsque l’on quitte ce monde, non seulement on a droit à des discours « convenus » souvent les mêmes à quelques détails près…, mais on a aussi droit à des « captations d’héritages » et à des manœuvres de récupération…

Michel Rocard, là où il est, en a sûrement fait l’amère expérience en écoutant la plupart des commentaires et, bien sûr, le discours de François Hollande aux Invalides.

En la matière, les oraisons funèbres sont faites pour « valoriser » ceux qui les font et non pour ceux pour qui elles sont théoriquement prononcées.

C’est pourquoi, je l’ai écrit il y a 36 ans déjà, en août 1980, quand mon tour sera venu, je ne veux ni discours, ni lieu ni équipement à mon nom….

 

Je sais que je resterai quelques temps dans les mémoires de femmes et d’hommes qui m’auront connu et que je m’effacerai avec elles, pour ne rester que dans celles de ceux qui m’auront véritablement aimé.

 

A titre d’illustration de ce qu’est la politique et son monde je citerai quelques exemples entendus ou relus cette semaine écoulée :

  • Le Premier Ministre Britannique qui, juste après le BREXIT, propose un nouveau commissaire européen britannique (on croit rêver).
  • Madame Marion Marechal (nous voilà) Le Pen : l’équipe de France est moins « racailleuse » qu’avant.
  • Sa tante Marine: « mythe grotesque de la France black-blanc-beur », une « équipe qui n’est pas représentative de la Nation vue par le FN ».
  • Le grand père Jean-Marie qui jugeait « artificiel de faire venir des joueurs de l’étranger et de les baptiser équipe de France ».
  • Madame Le Pen encore: « Si j’étais américaine je voterais D. TRUMP ».
  • Monsieur Sarkozy qui recréé son système en recherchant des amis et des soutiens, « une pince sur le nez »…

Et même une brochure de la fin des années 50 du 20ème siècle qui reprend à propos de l’Algérie, sous le titre « les courriers de la colère », « un ramassis d’insanités » de Michel Debré qui prouvent, au moins, que si la vie politique ne s’est pas améliorée, elle n’était pas mieux il y a 60 ans surtout si on y ajoute le SAC, l’OAS, les putsch militaires (et ceux qui en ont profité), les assassinats politiques, et tous les cadavres jetés dans la seine le 17 octobre 1961, sans oublier le métro Charonne le 8 février 1962.

 

Tout cela n’empêchera pas la gauche et le PS « de s’effacer », en 2017, du paysage politique sinon de disparaître, au moins sous leurs formes actuelles.

Trouvera-t-on alors  un nouveau François Mitterrand  capable de la rebâtir en fédérant ses restes comme au temps de la FGDS, Fédération de la gauche démocrate et socialiste ?

J’en rêve encore, j’en doute à la fois et je rappelle une condition posée pour cela par François Mitterrand :

« Une politique qui se borne à brasser des rêves trompe celles et ceux qu’elle prétend conduire mais une politique qui ignore ces rêves se trompe et les trompe tout autant ».

 

Et pour terminer ce 410ème carnet, après l’image vu sur internet, (où on voit tout et n’importe quoi, … et ce n’est que le début), l’image d’un député européen d’extrême droite faisant le salut nazi,

une citation d’Elie Wiesel en forme de testament :

« A vous maintenant de faire en sorte que mon passé ne devienne pas votre futur ».

Après nous avoir rappelé à propos de la Shoah que « le monde savait et qu’il s’est tu ».