Carnet n° 501 du 7 mai 2018

Mai 68… « La part du mythe »

 

En ce début de mois de mai 2018, les déclarations, rappels historiques et, bien sûr, « réécritures de l’Histoire » ne manquent pas en cette année et en ce mois de cinquantenaire des événements de Mai 68.

Dernières en date, celles de Daniel Cohn-Bendit, un des premiers acteurs de ce mythe, figure emblématique de ces journées « révolutionnaires », commentateur régulier et récurrent de ces « événements », et comme lui des commentaires qui ont évolué avec lui.

Figure d’extrême gauche en 1968 il a, en effet glissé à son rythme, d’abord vers les écologistes où son verbe « a fait merveille », (à défaut d’être efficace), puis vers le libéralisme « de plus en plus pur et dur » qui sans doute l’a conduit à déclarer, le 14 mars dernier, « qu’il trouvait maintenant cela ennuyeux de parler de mai 68 ».

Né en avril 1945, (soit un peu plus d’un mois après moi), je l’ai connu au Parlement Européen où il coprésidait, le groupe des Verts sur une ligne économique déjà de plus en plus libérale, tandis que je siégeais au groupe Socialiste avant d’en être chassé en 2002 et de rejoindre le groupe de la GUE (Gauche Unitaire Européenne).

Si je parle ainsi de Daniel Cohn-Bendit c’est qu’il est représentatif de la plupart des leaders du mouvement étudiant de l’époque, avant qu’ils ne soient rejoints par les syndicats et le monde ouvrier, suivis bientôt par le monde politique de Gauche, « d’ailleurs très maladroitement ».

Il fut à lui seul… et peut être le restera t-il  « un mythe », somme toute une part du « mythe de mai 68 ».

Personnage de mai 68 Daniel Cohn-Bendit le fut avec non loin de lui Alain Geismar et Jacques Sauvageot, moins connus aujourd’hui mais alors très actifs…

Autre mythe, l’image d’une « Révolution en marche » aussi, par certains aspects, c’est peut être vrai, mais je parlerai plutôt de « rupture » (plutôt que de Révolution) par rapport à « un monde révolu » sur le plan sociétal, ses idées et ses valeurs, avec aussi une situation économique prospère et comme toujours inégalitaire…

Mais à celles et ceux qui rêvent encore d’une « Révolution en marche », je rappellerai, moi qui l’ai vécue à Clermont-Ferrand, que cette « Révolution en marche » a été particulièrement brève avec des « pics et des creux » qui se sont succédés jours après jours mais aussi avec des conquêtes sociales très importantes, heureusement, aussi.

Le 1er mai 1968 avait été très traditionnel et calme et sans lien apparent avec le mouvement du 22 mars qui avait révélé Dany le Rouge, c’est le 3 mai que les premières manifestations violentes étudiantes commencent et s’amplifient avec des barricades au Quartier Latin à Paris, des voitures incendiées et des affrontements avec les CRS…

Je me souviens de la fameuse Nuit des barricades du 10 mai avec mon transistor branché sur Europe 1, tandis que je respirais, place de Jaude à Clermont-Ferrand, les fumées des barricades incendiées et les gaz lacrymogènes des CRS…

C’est le 13 mai, avec un appel à la grève générale accompagnée de grandes manifestations ouvrières et étudiantes un peu partout en France, que « mai 68 » va prendre toute sa dimension avec un million de grévistes le 18 mai, 4 millions le 21, 8 millions le 22 et 9 millions le 25.

La France est bloquée…

C’est la « course permanente » aux jerrycans d’essence !

Le 27 mai, après deux jours de négociations avec Georges Pompidou, les accords de Grenelle aboutissent, entre autres, à une augmentation du SMIG (salaire minimum garanti) de 35% de 10% en moyenne des salaires, la réduction du temps de travail à 40 heures, un engagement sur le droit syndical, « un traitement » des jours de grève…

A Charlety, un grand meeting unitaire essaiera, en vain de « transformer l’essai » sur le plan politique et le 28 mai François Mitterrand « se dira disponible »…

Le 29 mai, le Général de Gaulle part à Baden-Baden rencontrer le Général Massu.

Tout est à craindre, comme 6 ans avant où on nous annonçait la venue probable des parachutistes sautant sur Paris et près de nos villes.

Mais le 30 mai, « De Gaulle revient » ! Il annoncera qu’il dissout l’Assemblée Nationale et des centaines de milliers de ses partisans descendent dans les rues et sur les Champs Élysées.

10 mai/ 30 mai : 20 jours qui ont construit un mythe dont on reparle encore 50 ans après !

Les 4,5 et 6 juin, le travail reprend un peu partout. Le 16 juin….la Sorbonne est évacuée.

Les « bobos gauchistes » de l’époque partent en vacances. Les examens sont reportés en septembre et les étudiants salariés comme moi vont devoir jongler durant l’été avec le travail et les révisions.

Je reviens alors à Laon pour y travailler et les 23 et 30 juin pour faire la Campagne des élections législatives qui amèneront un raz-de-marée Gaulliste et une défaite de la Gauche qui conduisit un bon nombre de socialistes à rejeter François Mitterrand…je n’en suis pas !

Mai 68, un mythe éculé » pour le Figaro ? « Un mythe contrarié » pour D. Cohn-Bendit ?

Pour moi, ni l’un, ni l’autre, mais un de ces mythes qui jalonnent le monde et nos vies contribuant à ce que l’on appelle « l’humanité en marche »

 

C’est en ce sens que des leçons peuvent en être tirées :

  • Si l’histoire ne recommence jamais à l’identique…elle peut « bégayer »…
  • Il est des moments où tout peut basculer très vite sans qu’on puisse vraiment le prévoir
  • Le temps n’est jamais linéaire et la durée du temps est toujours relative à son intensité
  • Les Victoires comme les défaites sont toujours temporaires :
  • En mai 68, une Révolution » est en marche.
  • En juin 68, la Droite écrase le paysage politique.
  • Le 27 avril 1969, De Gaulle quitte l’Élysée
  • Le 1er Juin 1969, lors du 1er tour des Présidentielles, le socialiste Gaston Defferre fait 5,01% (moins que Benoît Hamon).
  • En 1971, François Mitterrand prend la direction d’un nouveau PS.

Dix ans après il entre à l’Élysée pour 14 ans !

Fort de mon expérience, je conseillerai donc au Président Macron, à son Premier ministre et à tous les siens, de revisiter notre Histoire. Qu’ils lisent les sondages, qu’ils analysent les mécontentements et, ensuite, qu’ils cessent très vite leurs attitudes arrogantes depuis l’Australie pour M. Macron et de Bourges pour M. Philippe en croyant que tout leur est acquis.

 

Le peuple de France « a droit, à du respect  parce qu’il est le peuple de France » !

 

Et quand je vois notre Président faire à nouveau un cadeau aux très riches d’un milliard d’euros tout en « faisant la leçon » aux pauvres, aux retraités et aux classes moyennes, je comprends que beaucoup de citoyens, ce samedi à Paris, aient voulu faire … « la fête à Macron », comme beaucoup « de gens de Gauche », le social démocrate que j’étais en 1968 et toujours social démocrate que je suis en 2018. Si j’ai d’énormes désaccords avec Jean-Luc Mélenchon et beaucoup de ses « Insoumis », je pense que si j’avais été Parisien, j’aurai été tenté de me mêler à ce peuple qui a cherché à retrouver sa fierté sous le soleil parisien.

Puissent donc chacun(e) faire les efforts nécessaires pour « redonner de la couleur au Camps du Progrès » et redonner « l’espoir de changer la vie », « du plus grand nombre de Françaises et de Français, sachant qu’il n’est pas nécessaire d’être d’accord sur tout pour avancer ensemble sur la voie du progrès pour tous » !

 

Puisse Jean-Luc Mélenchon le vouloir et Olivier Faure le comprendre !

 

Un dernier mot sur la dernière saillie de Donald Trump à propos des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, un Donald Trump qui, en humiliant ainsi M. Macron, a humilié la France…et cela, comme beaucoup je ne saurai jamais l’accepter !

 

Mai 68, Mai 2018… Une chose est sûre, « un déclic a lieu » qui doit redonner une fierté d’être à toutes les femmes et hommes de progrès pour qui « la loi du plus fort » et « les lois des plus riches » sont parfaitement inacceptables !

Comme pour la météo, après un long hiver et un printemps humide et froid….le soleil semble être revenu en ce « joli mois de mai »

Puissent « les princes qui nous gouvernent » s’en rendre compte et changer de comportement ! Qu’ils cessent de mépriser celles et ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, et qu’ils ouvrent enfin les yeux.

Le monde ultra libéral qu’ils mythifient nous mènent à des désastres pour la France, pour l’Europe et pour notre planète.

C’est aussi une leçon de mai 68.

 

Je terminerai ce 501ème carnet en reprenant le titre d’un article de la Voix du Nord : « un Président en équilibre sur « le caillou ». Concernant M. Macron qui a choisi non pas d’aller à Baden-Baden, mais de s’éloigner d’une société française secouée de pulsions sinon encore en fusion…. « le caillou » sur lequel il est aujourd’hui en équilibre dépasse largement la Nouvelle Calédonie…!

 

« Mai, Mai, Paris… mais, mais, Paris »… comme le chantait Claude Nougaro…

« Manu en mai », en écho à un film de Louis Malle, dans lequel, alors que la France est paralysée par la grève, une famille se retrouve dans une belle bâtisse du Gers à l’invitation de Milou…

 

Mai 68 nous inspire,

C’est ce que l’on appelle le « goût du mythe »

Mai 2018 doit nous faire réfléchir !

Et ce, pour mieux nous engager pour un monde meilleur, plus juste, plus durable…et plus humain.

 

Cinquante ans après, c’est ce que je voulais dire, en ce 7 mai, dans mon 501ème carnet…

sincèrement, simplement mais aussi avec une détermination qui reste intacte.