Carnet n° 573 du 23 septembre 2019



« Des Racines et des Ailes »

Lors de « mes voyages nocturnes » dans mes pensées, mes souvenirs et mes rêves qui, durant les nuits de vendredi à samedi et de samedi à dimanche, m’inspirent, chaque semaine, le titre et la ligne directrice de mon carnet du lundi,

du fait, cette semaine, d’un intense travail sur le cinquantième anniversaire de Villeneuve d’Ascq, de l’exposition consacrée à Jean Pierre Watel au Château de Flers,

et de l’inauguration d’un nouveau moulin à Villeneuve d’Ascq sur le site du Musée de Plein Air,

un titre m’était venu qui correspondait à l’image d’une ville en mouvement dont je vis  toutes les dimensions et toutes les pulsions depuis plus de 43 ans, un titre ainsi libellé : « De la pierre et des cœurs »,

avant d’avoir, « comme un flash », un autre titre au moment de mon discours au pied du moulin de Vaudricourt (qui commence ainsi une nouvelle vie chez nous), « Des Racines et des Ailes » du nom d’une célèbre émission de télévision diffusée depuis 22 ans qui nous fait découvrir l’histoire, le patrimoine naturel et architectural de la France.

Avec le dossier des 50 ans de Villeneuve d’Ascq, je me suis en effet replongé dans ses profondes racines Flersoises, Annappoises et Ascquoises qui remontent aux  Gaulois et aux Gallo-Romains.

Avec Jean-Pierre Watel, j’ai revisité une belle dimension de l’architecture de logements qui portent toujours son nom et ce, avec une exposition au Château de Flers (qui doit beaucoup à un autre architecte Maurice Salembier).

Des logements de ville innovants qui concilient une nécessaire meilleure « occupation de l’espace » et l’intimité voulue par leurs occupants.

Avec le 3ème moulin à vent villeneuvois qui tourne maintenant au Musée de Plein Air après les 2 qui, grâce à M. Bruggeman à la Cousinerie, constituent « un merveilleux signal » face à une voie urbaine qui relie, via Villeneuve d’Ascq, Paris aux Pays-Bas… et bien sûr au-delà.

Je me suis redis que s’il faut à une ville, voire à toute vie, des racines profondément ancrées, il leur faut tout autant des ailes pour voler vers le futur, car sans ailes, les racines se désagrègent et sans racines, les ailes n’ont pas le support nécessaire pour pouvoir prendre leur envol.

C’est sans doute ce qui a fait la réussite de notre ville, Villeneuve d’Ascq, que d’avoir eu, pour y construire une des 9 villes nouvelles françaises, un terroir profondément enraciné et vite connu pour cela par les nouveaux arrivants qui se le sont approprié, sans craindre de se « poser » sur des terres anonymes, sinon mouvantes…

La Ville et moi-même l’avons voulu et y avons contribué avec nos politiques patrimoniales sur le Château de Flers, la Villa Gabrielle, les églises communales et leurs sœurs plus nouvelles, des demeures anciennes, des arbres, « remarquables » identifiés et recensés, des fermes et autres monuments, équipements (La Bourloire) avec aussi le Musée du Terroir, Asnapio, le Musée de Plein Air, le Musée des Moulins, le Musée de l’école, d’autres lieux de mémoire dont celui du Massacre d’Ascq, du 1er avril 1944, (dont le dernier bourreau SS non repenti, Karl Münter, vient enfin de rejoindre l’enfer), celui de l’AAATV et des trains à vapeurs, sans oublier toutes les richesses liées à la Recherche qui se nichent au cœur de nos Université et Grandes Écoles.

Des racines qui ont donc donné vie au terroir de la nouvelle ville de Villeneuve d’Ascq, avec en corollaire un véritable amour des Villeneuvois pour leur ville et, ainsi, un socle solide recouvert d’une sorte de trampoline pour nous lancer dans le futur avec des ailes déployées…

C’est pourquoi, en effet, il n’y a jamais eu d’opposition pour moi entre mon amour du passé, de sa mise en valeur et en lumière et notre volonté de nous inscrire pleinement dans le 21ème siècle avec nos ailes et notre conscience puisée dans le passé dont il faut toujours veiller à en tirer toutes les leçons si on ne veut pas chuter et ce, en n’allant pas trop vite, ni trop haut, tel Icare fils de Dédale, qui se prenait pour un dieu (comme bien des « Princes qui nous gouvernent ») qui n’a pas vu de ses yeux emplis d’ivresse, ses ailes fondre au point  de perdre tout contact avec les réalités dans, nous disent les textes, « une chute atroce sur un sol sans pitié ».

C’est sans doute ce qui arrive aujourd’hui à notre monde qui, faute de l’avoir compris à tous les niveaux de nos États et de nos entreprises, a entamé « sa course vers sa fin » et peut-être même la fin de l’espèce humaine, si très vite, dans les toutes prochaines années de la prochaine décennie, des mesures ne sont pas prises, brutales et sans doute douloureuses pour au moins freiner, arrêter peut-être, sinon inverser « la course engagée vers le pire » depuis un siècle et demi et qui s’est accélérée durant les dernières décennies.

A Villeneuve d’Ascq, en privilégiant la nature, nous avons sans doute été des précurseurs et nous le restons en voulant entrer dans le cycle, pour elle et pour la MEL, d’une ville et de villes natures et nourricières, alternatives à une alimentation insuffisante et dangereuse pour notre santé et pour l’environnement.

Nos racines nous ont et nous donnent des ailes pour cela et c’est une des raisons de mon désir qu’il m’est de plus en plus difficile de cacher de continuer à me battre.

Mais, me dira-t-on, que pèse Villeneuve d’Ascq dans une France qui compte 1000 fois plus d’habitants mais qui ne représente qu’un dixième de la population européenne et moins d’un centième de la population mondiale ?

Sans doute, mais il n’en reste pas moins vrai et c’est Lao-Tseu qui l’a dit il y a 2500 ans :

« Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas ».

Chacun devrait se dire cela quand il hésite à s’engager personnellement face à l’ampleur et aux risques de la tâche.

C’est ce que je me suis toujours dit tout au long de ma vie et c’est ce que je me dis toujours, arrivé à l’aube de ses dernières étapes.

D’où sans doute mon énergie actuelle qui en étonne plus d’un(e), en particulier parmi celles et ceux qui avaient cru « le chêne abattu » ou le « vieux lion dépecé »…

et même si, je le sais, elles et ils n’ont pas toutes et tous encore renoncé à atteindre leur objectif.

Après le week-end des 36èmes Journées du Patrimoine que l’on doit au départ en 1984 à François Mitterrand et qui sont devenues européennes en 1991, et deux semaines après notre Foire aux associations, le titre « De la pierre et des cœurs » aurait pu en effet tout aussi lui convenir mais à 5 mois du cinquantenaire de Villeneuve d’Ascq j’ai préféré celui aujourd’hui retenu « Des racines et des ailes », qui, je le pense, représente mieux encore les fruits d’engagements citoyens durant des décennies et des siècles (jusqu’à plus de 2 millénaires) qui ont fait notre ville d’aujourd’hui pour préparer notre ville de demain.

C’est dans cette longue lignée, telle que fut celle « des bâtisseurs de cathédrales » que j’aurai été un petit maillon, une étape et, je le pense aussi, un modeste « chef d’orchestre » qui aura su rassembler et mobiliser les énergies nécessaires pour avancer, aussi multiples et diverses soient-elles, une condition de nos réussites d’aujourd’hui mais aussi de nos réussites futures.

C’est vrai pour Villeneuve d’Ascq mais c’est vrai pour la France dont les dirigeants devraient retrouver « les fondamentaux de tout État » : aménagement du territoire, sécurité intérieure et extérieure, solidarité, santé, services publics et mise en œuvre quotidienne de nos valeurs républicaines de Liberté, Egalité, Fraternité et Laïcité.

C’est vrai pour l’Europe qui doit retrouver sa fierté d’être et cesser de n’être qu’un vaste espace ouvert à toutes et à tous, sans contrôles ni contraintes, pour simplement venir « y faire leur marché » (pays, puissances, entreprises… banques etc…), une Europe qui doit vouloir et savoir se donner les moyens de se protéger, quitte à en restreindre son périmètre actuel.

Pour cela, au niveau européen, comme à celui de la France et bien sûr à celui de la planète et de sa survie, il faut aller au-delà des discours, même s’ils sont au départ nécessaires, avant de vite se révéler insuffisants.

Somme toute, il faut créer les bases et les conditions d’un avenir pour les générations futures… et cela commence au niveau du citoyen (que je suis aussi) comme et au niveau des collectivités locales à l’image de ce qui s’est fait, se fait et se fera à Villeneuve d’Ascq.

« J’oserai » maintenant terminer ce 573ème carnet, (573 carnets qui représente plus de 5000 pages manuscrites) par le sous-titre d’un ouvrage célèbre « Ainsi parlait Zarathoustra », du nom avestique du prophète et fondateur de l’ancienne religion perse et donc sans aucun rapport ni avec moi ni avec ma pensée,

un sous titre qui dit :

« Un livre (et pour ce qui me concerne un et des carnets) pour tous et pour personne ».

Une conclusion certes « audacieuse »… (que certains ne manqueront pas de me reprocher) que j’adoucirai avec 3 citations de Saint Augustin datant de quelques 1700 ans qui, j’en suis sûr, me correspondent mieux aujourd’hui aux yeux de mes lecteurs :

« Il vaut mieux suivre le bon chemin en boitant que le mauvais d’un pas ferme ».

« Ce n’est pas parce qu’on s’en remet qu’on a oublié »

(à propos des coups reçus)

« Le bonheur c’est continuer à désirer ce que l’on possède »