Carnet n° 574 du 30 septembre 2019



« De la pierre et des cœurs »

Les citoyen(ne)s qui me font l’honneur et le plaisir de me lire régulièrement se souviennent sans doute que lors de l’écriture de mon 573ème carnet, il y a une semaine, j’avais déjà failli le titrer ainsi, avant de décider d’un autre titre « Des Racines et des Ailes » en écho à l’actualité de la semaine écoulée, tout en me réservant d’y revenir en ce 30 septembre.

L’actualité de cette semaine du 23 au 30 septembre qui vient de s’achever avec la projection mardi d’un extraordinaire documentaire, « Les flambeaux d’Ascq », la cérémonie d’hommage aux Harkis morts pour la France, la disparition de Norbert Masse un grand militant villeneuvois de la mémoire et celle, jeudi, du Président Jacques Chirac,

a failli m’en faire changer une fois encore au profit d’un autre titre sur le thème de la différence et de la complémentarité « Entre Histoire et Mémoire ».

Pour autant et même si je reviendrai sur cette dimension de la vie en deuxième partie de ce 574ème carnet, j’ai conservé le titre initialement prévu tant les débats sont importants à l’heure des discussions sur le PLU2 (plan local d’urbanisme) et les très nombreuses questions que l’on me pose chaque fois qu’une construction nouvelle « pointe son nez » dans un quartier, d’où ce titre : « De la pierre et des cœurs », un titre que je complèterai aujourd’hui ainsi : « De la pierre et des cœurs mais aussi de la terre, des bois et des lacs ».

C’est un fait avéré dans toute la métropole et au-delà, que Villeneuve d’Ascq, avec ses 1000 hectares de parcs, d’espaces verts, d’espaces de nature, de terres agricoles, de jardins, de bois et de lacs sur un superficie totale de 2600 hectares, est une ville verte, une ville nature et chaque jour davantage une ville nourricière.

C’est le résultat de « luttes épiques » menées du temps de la Ville Nouvelle face à l’État, à l’EPALE (Etablissement public d’aménagement de Lille-Est) et à la CUDL aujourd’hui MEL, pour que toutes les terres expropriées pour en faire une ville de plus de 100 000 habitants ne soient pas bâties comme l’auraient voulu ses « promoteurs », ce qui nous vaut d’avoir encore, entre autres, des centaines d’hectares de terres agricoles cultivées dont une grosse partie appartient à la MEL qui en 1983 a hérité de l’actif de l’EPALE.

J’ai dû et j’ai pu alors user de mon poids de Maire pour les conserver ainsi, avec pugnacité et détermination, au risque de commencer à me faire de multiples ennemis en usant de « mon pouvoir de blocage » de certains équipements alors nécessaires pour accompagner les constructions voulues par l’EPALE.

Dans ces domaines de l’urbanisme, j’avais alors finalement davantage de pouvoir, en tant que Maire, que je n’en ai aujourd’hui vis-à-vis de projets privés d’habitats ou de bureaux où le droit de propriété est dominant et les règles en matière de densité de moins en moins contraignantes de par la volonté d’un État de plus en plus économiquement « libéral ».

Avec le PLU, dès l’instant où une parcelle est dans une zone constructible, on ne peut que « négocier » faute de pouvoir s’opposer à des projets, même quand ils ne nous plaisent pas.

Et quand il y a des parcelles libres au cœur de zones constructibles, on ne peut pas les rendre inconstructibles.

Et cela, les citoyens « peinent à le comprendre » en attribuant au Maire des pouvoirs qu’il n’a pas et en lui reprochant parfois des constructions qu’il n’a pourtant pas les moyens de refuser.

Clairement, il m’est interdit de raisonner et de fixer des règles « à la parcelle » et clairement, s’il m’est permis au niveau du plan local d’urbanisme de rendre constructibles ou inconstructibles des espaces larges et cohérents, il ne m’est pas permis de refuser des constructions dans un secteur déjà classé constructibles !

Or, par définition, c’est là « qu’il y a des voisins » que ces constructions peuvent déranger et qui en rendent alors responsable le Maire qui pourtant « n’en peut rien ».

J’ajoute qu’il y a, bien sûr, énormément à Villeneuve d’Ascq de demandes de logements en attente et que, compte tenu « des changements familiaux », il faut dans une ville comme la nôtre entre 400 et 500 logements supplémentaires par an pour conserver le même niveau de population…, sans compter l’attractivité de notre ville consécutive à ses qualités, à son rayonnement et à sa dimension universitaire.

Pour ne prendre qu’un seul exemple pour « imaginer les pressions » exercées sur moi pour rendre constructibles de grandes zones : le Héron, ses 100 hectares, soit 1 million de m2 de terres agricoles qui avaient été expropriées pour y faire plusieurs milliers de logements, ce qui représente aujourd’hui à Villeneuve d’Ascq entre 200 et 300 millions d’euros s’ils étaient constructibles…

Comme je le disais souvent il y a 30 ans en souriant, faute d’y croire vraiment, « on tue pour moins que cela »…

Aujourd’hui cela ne me fait plus sourire… car je sais que c’est possible…

Et je pourrais multiplier les exemples, sans oublier des « implantations » ou « extensions » de structures, équipements ou activités que l’on ne souhaite pas voir se réaliser et qui me valent « quelques adversaires ou ennemis de plus… » (je n’en dirai pas davantage…).

On comprendra l’importance pour un Maire, de l’expérience, du poids « politique », de l’honnêteté, de la pugnacité et de la détermination (et ce, quels qu’en soient les risques) pour maintenir au mieux des équilibres Ville / nature, logements / activités, loisirs / sports, commerces et services, etc…, des équilibres que j’ai toujours voulus et su réaliser depuis la fin des années 70 du 20ème siècle, mais qui sont toujours fragiles dans un (nouveau) monde qui privilégie « le court terme » et l’argent au détriment de la pérennité du « bien (ou du mieux) vivre » pour le plus grand nombre, de l’environnement et de la nature pour tous.

Personne ne peut honnêtement nier ce qui a été fait durant ces décennies passées, ni nier le fait que nous n’avons jamais cessé de continuer dans cette voie, et cela même si, pour les raisons rappelées, c’est de plus en plus difficile… (et parfois même « mission impossible »).

Cela n’empêchera pas « les mouches du coche » (façon Jean de la Fontaine) de s’agiter durant ces 5 prochains mois de campagne électorale.

Je saurai faire la part entre les citoyens de bonne foi qui légitimement s’interrogent et à qui, comme aujourd’hui, je peux essayer de répondre et d’expliquer… et tous les autres qui sont, en politique, des adeptes de cette « règle » : « mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose ».

A ce stade et aujourd’hui, on m’autorisera à dire que je regrette que l’État ait abandonné sa fonction régalienne d’aménageur, que les Régions n’en aient pas les moyens et que l’Union Européenne ne s’en soit pas saisie.

On aurait pu ainsi stopper l’engorgement des Métropoles par la désertification des campagnes, bourgs et villes moyennes qui a détérioré la qualité de vie de tous les habitants des uns comme des autres…

Je ne suis malheureusement pas sûr qu’il soit encore temps de le faire, mais si on n’essaie pas, on ne le fera jamais et on ira « tout droit dans le mur » !

C’est donc au niveau de villes comme Villeneuve d’Ascq qu’on a commencé et qu’il faut continuer.

C’est une des raisons de ma volonté intacte de me battre pour cela, de me battre aussi pour le maintien de services publics et pour une vie associative et citoyenne intense.

Une campagne électorale est d’abord faite pour cela, bien davantage que pour des manœuvres politiciennes ou « des coups bas »…

L’avenir nous dira … si c’est possible, car même si pour Albert Camus (il y a 60 ans) :

« Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou »…

somme toute,

je préfère être « un fou » plutôt qu’un lâche car finalement celles et ceux qui se battent pour les autres sont toujours un peu fous…

Je n’oublierai jamais non plus ces autres mots d’Albert Camus qui m’interdisent « le confort du repli sur soi » :

« L’Homme n’est pas entièrement coupable : il n’a pas commencé l’Histoire ; ni tout à fait innocent puisqu’il la continue ».

D’où l’importance « De la pierre et des cœurs » comme au temps des bâtisseurs de cathédrales, mais aussi de la nature, de l’agriculture, des bois et des lacs comme nous avons voulu, su les conserver ou les créer à Villeneuve d’Ascq.

Et c’est pourquoi dans ce domaine aussi comme dans bien d’autres, je distingue bien « l’Histoire » écrite et « la Mémoire » vécue, tout en disant qu’il faut les conjuguer.

Les apports citoyens pour construire l’avenir sont toujours de l’ordre du vécu et donc de la Mémoire car personne n’a, n’a jamais eu et n’aura jamais le sentiment de vivre l’Histoire telle qu’elle est présentée dans les livres.

C’est vrai pour des périodes passées cruelles et douloureuses comme le Massacre d’Ascq où la mémoire connue et rappelée de celles et ceux qui les ont vécues est le seul moyen d’éviter, je l’espère, de retomber dans des ornières qui pourraient nous y ramener…

C’est vrai pour les Anciens Combattants qui nous rappellent leur calvaire.

C’est vrai pour les catastrophes humaines ou naturelles… (comme celle qui vient de meurtrir Rouen et au-delà).

C’est vrai aussi en politique où les fanfaronnades, les manœuvres et les excès en tous genres ne peuvent que miner nos Démocraties et ainsi « faire le lit » de ses adversaires.

C’est vrai enfin pour la survie même de l’espèce humaine et de la planète comme pour celle de nos valeurs Républicaines de Liberté, d’Égalité, de Fraternité et de Laïcité.

Tout est toujours affaire d’équilibre et de mémoire contre toutes les formes d’oubli, sans oublier un combat permanent pour une société solidaire, participative et humaine.

Pour cela, il faut aller au-delà des discours même s’ils sont, au départ, nécessaires… (et je ne m’en prive pas) mais il faut surtout agir pour créer et conserver les bases d’un avenir pour les générations futures tout en gérant le présent pour les générations actuelles.

C’est aujourd’hui qu’il faut le faire encore plus qu’hier et cela explique sans doute largement mon envie et ma détermination, « envers et malgré tout », de ne pas m’en désintéresser et de continuer, sous une forme ou une autre, à m’y engager,… (ce que je préciserai dans 2 jours, mercredi 2 octobre 2019…).

« En prenant congé de mes lecteurs » aujourd’hui lundi 30 septembre, avec une dernière citation d’Albert Camus

« Qu’est-ce que le bonheur sinon l’accord vrai entre un homme (ou une femme) et l’existence qu’il (ou elle) mène ? »,

après ce week-end des 28 et 29 septembre qui m’aura vu retrouver davantage de mobilité (mon chirurgien m’ayant autorisé à abandonner mes béquilles), durant lequel j’ai pu le vérifier une fois encore dans diverses manifestations comme les « 25 ans des Souriceaux » une crèche associative dynamique, un apéritif-concert de « l’Avenir musical d’Ascq », quelques petits pas raisonnés à la braderie du Bourg, un peu de lecture et d’écriture et même une séance de cinéma à l’UGC ciné cité

 (« redémarrage en douceur » oblige…)