Carnet n° 591 du 27 janvier 2020

« Probabilité » ou « espérance mathématique ? »

Si la semaine écoulée a été marquée pour moi à Villeneuve d’Ascq par les dernières et toujours chaleureuses cérémonies de vœux dont celle à la Maison de Quartier Jacques Brel au Pont de Bois et samedi celle, au Château de Flers, de notre Office de Tourisme,

par mes derniers travaux sur « notre Projet pour VA 2020/2026 »,

par de dernières douloureuses décisions pour boucler ma liste des municipales 

et  une 2ème réunion publique de campagne  salle Masqueliez,

elle l’aura surtout été, en France, par les conséquences d’un conflit social qui change de nature tout en s’élargissant et qui est donc loin d’avoir été « terrassé » par un pouvoir toujours aussi arrogant, un pouvoir dont le chef « se sera à nouveau lâché » lors de son retour d’Israël en des termes et des propos que je ne veux pas commenter, ni même citer.

Mais c’est surtout le début en Chine d’une épidémie avec le coronavirus qui prend des airs de « films catastrophes » et de « films post-apocalyptiques », avec des villes autour de Wuhan dont les citoyens sont confinés et isolés de tout le reste du monde par dizaines de millions en dehors de quelques-uns qui ont pu s’échapper dont 3 d’entre-eux de retour en France qui ont fait de notre pays le premier pays européen à être touché par ce virus.

Ce sont ces derniers chiffres et mesures prises en Chine, accompagnés de déclarations « gravissimes » du Premier Ministre chinois Xi Jinping et celles « à la mode Tchernobyl » de Madame Buzin, qui m’ont remis en tête ce que j’ai mis aujourd’hui en titre de mon 591ème carnet «  probabilité  ou  espérance mathématique ? »,

2 éléments dont j’expliquais déjà la différence fondamentale du temps où j’étais professeur de gestion au Lycée Turgot de Roubaix puis à Jean Moulin,

l’élément (ou la notion) de « probabilité » qui s’exprime en pourcentage

et l’élément (ou la notion) « d’espérance mathématique » (« l’espérance » n’étant pas que l’espoir car n’impliquant pas automatiquement de connotation positive contrairement à « l’espoir »), résultat de la multiplication d’une probabilité par le « poids » de ce que l’on risque de gagner ou de perdre…

Cette différence fonde la complexité de ce que l’on appelle « un choix rationnel ».

A l’époque des années 70 du 20ème siècle, je l’illustrais ainsi de façon simple :

En traversant une rue, si vous aviez à choisir, préféreriez vous avoir une probabilité de 5% de vous faire écraser par une voiture ou une probabilité de 50% de vous tordre la cheville dans le caniveau ?

C’est aussi cette problématique d’un « choix rationnel » qui fonde tous les jeux de hasard… et qui fait parier même si la probabilité de gagner est très faible.

C’est ce que déjà Blaise Pascal au XVII ème siècle illustrait par son célèbre « pari de Pascal » à propos de l’existence possible d’un dieu et des conséquences du choix de chacun(e) d’y croire ou non…

C’est ce qu’il ne faut jamais oublier quand certains s’interrogent sur la fin possible de l’espèce humaine dans 50 ou 60 ans pour des causes environnementales, tandis que d’autres, comme Donald Trump, balayent d’un revers de la main, avec mépris, une telle hypothèse.

C’est aujourd’hui ce qu’il faut se dire quand une épidémie et un virus sans traitement connu, touche un pays de 1,4 milliard d’habitant(e)s.

Même si « la probabilité du pire » est beaucoup plus faible en pourcentage que celle de voir l’épidémie contenue, et même si de même celle de la destruction de notre espèce pour des raisons environnementales,

les conséquences de ces risques sont tellement grandes en poids que même multipliées par des pourcentages faibles,

« l’espérance » mathématique du pire est plus angoissante et inquiétante que « l’espérance » mathématique du moins pire.

Entre le fait de prendre des mesures lourdes qui risquent de se révéler inutiles (comme pour le virus H1N1 en 2009) et ne pas en prendre en risquant des situations comparables à celles de la peste noire qui, au milieu XIV ème siècle, élimina entre 30% et 50% de la population de l’Europe,

je pense que le choix rationnel basé sur « l’espérance mathématique » et non sur la probabilité s’impose.

Si c’est ce que font les Chinois, je crains que le reste du monde et ses dirigeants, comme ils l’ont fait à Davos cette semaine sur l’environnement, fassent le choix de la « probabilité faible » pour épargner les intérêts économiques et financiers des pays dominants et des profiteurs d’un système libéral capitaliste exacerbé… en oubliant que même s’ils sont très riches ou très puissants, l’argent ne les protège pas des virus et de la mort.

Sans comparaison bien sûr, ni en termes de pourcentages et donc de probabilités, ni en termes « d’espérance mathématique » et donc de gravité…, en France aujourd’hui, en pleine crise sociale dont le dossier des retraites n’est qu’un élément à l’image de ce qui avait lancé en novembre 2018, le mouvement des Gilets Jaunes,

il semble que le gouvernement ait fait le choix des pourcentages (et donc des probabilités) de grévistes, de manifestants, de nombres de syndicats, de secteurs touchés,

alors que le risque,  même plus faible, d’un « pourrissement » en termes de blocages, de conséquences sur la croissance, le PIB et l’emploi, devrait l’amener à ne pas  le prendre.

Le modeste observateur que je suis n’ignore pas que la probabilité de voir la crise se résorber est plus grande que de la voir s’amplifier… c’est une question de probabilité.

Mais les conséquences d’une crise qui s’amplifierait sont tellement graves que « si j’étais lui » je ne prendrais pas ce risque… c’est une question « d’espérance mathématique » et donc de multiplication du pourcentage du risque par les conséquences et le poids de ce risque.

Finalement dans la vie, y compris personnelle, tout est toujours question de choix entre « probabilité » et « espérance mathématique » telles que précisées tout au long de ce carnet.

C’est d’ailleurs aussi, avec encore moins d’importance, ce qui m’a conduit le 2 octobre 2019 à annoncer ma décision d’être candidat aux Élections Municipales à la tête d’une liste de « Large Rassemblement pour Villeneuve d’Ascq » mais là, c’est ce que j’ai fait en comparant le risque que j’ai pris de me faire battre (et ses conséquences pour moi), et ce que j’ai pensé, à tort ou à raison, de l’ampleur du risque de voir notre ville « piétinée » en cas de « grand chamboulement » au soir du 15 mars.

Si je m’étais arrêté au choix personnel entre « probabilité » et « espérance mathématique », je n’aurais pas été candidat.

C’est en plaçant mon choix entre « probabilités » et « espérance mathématique » pour Villeneuve d’Ascq que j’ai décidé de l’être.

Au demeurant, ce sont les Villeneuvois(es) qui en décideront le 15 mars et, en cas de défaite, je m’y plierai sans rancœur, contrairement à celles et ceux qui auraient voulu être ou être encore sur ma liste… mais je l’ai dit depuis le début :

« il est impossible de faire rentrer 2 litres d’eau dans une bouteille de 75cl ».

Et là encore, au-delà des déceptions légitimes, des rancœurs bien humaines sinon naturelles, j’assumerai les responsabilités que j’ai prises pour Villeneuve d’Ascq et les Villeneuvois(es), sachant que pour moi le poids est très lourd de la multiplication de la probabilité d’être battu par les conséquences pour l’homme que je suis, après une vie consacrée à ma ville, … de « finir ainsi ».

Personne donc ne pourra nier que c’est Villeneuve d’Ascq qui, à tort ou à raison, m’a fait prendre une décision d’être une dernière fois candidat.

Que dire aujourd’hui pour conclure sinon reprendre ces mots de François Mitterrand :

« L’action politique, à certaines heures, est comme le scalpel du chirurgien, elle ne laisse pas de place à l’incertitude ».

Ça c’est pour l’homme public que je suis.

« Comme une journée bien remplie nous donne un bon sommeil, une vie bien vécue nous mène à une mort paisible ».

Ça c’est ce qu’espère l’homme privé que je suis aussi.